Requalification des sites industriels. Quelles tendances ? – Association Québécoise d’Urbanisme

 Dans Environnement

Publié dans la Revue québécoise d’urbanisme de l’Association québécoise d’urbanisme
Numéro 3 | Août 2019

De passif environnemental à actif stratégique pour les villes

Au cours des dernières décennies, le secteur manufacturier traditionnel du Québec s’est pratiquement effondré, laissant des sites industriels à l’abandon, souvent fortement contaminés. Du passif environnemental en fait. Cependant, l’évolution de l’urbanisation, les besoins de la population et des entreprises, l’application des principes du développement durable ainsi que les aides financières ont conduit à la requalification de plusieurs friches industrielles.

Un survol de réalisations et de projets prévus sur d’anciens sites industriels à travers le Québec permet de dégager une grande tendance, soit : les friches industrielles qui constituaient autrefois du passif environnemental peuvent certainement être considérées présentement comme des actifs stratégiques pour les villes.

Réalisations et projets

Les sites industriels qui ont été requalifiées constituent aujourd’hui des attraits touristiques qui soutiennent le développement régional, des lieux de loisirs, des quartiers résidentiels prisés ou encore des sites occupés par des industries de pointe. Les projets prévus permettront la réalisation des quartiers verts, de parcs, de campus universitaire, de milieux de vie complets, le tout en adéquation avec les façons de faire et les principes les plus actuels en matière d’aménagement du territoire. Quelques exemples dans les paragraphes qui suivent.

À Québec

La rivière Saint-Charles, répondre aux besoins de loisirs de plein air

Après l’époque de la construction navale, des industries ont investi les berges de la rivière Saint-Charles, près du fleuve Saint-Laurent. Des abattoirs y laissaient des carcasses animales et des rejets toxiques. Des rebuts domestiques de toute sorte s’y retrouvaient. Les égouts de la ville s’y déversaient aussi. À partir de 1969, la Ville de Québec tente de changer la situation en réalisant un projet d’assainissement. Selon les façons de faire de l’époque, les rives sont nettoyées et bétonnées sur quatre kilomètres.

L’évolution des connaissances sur la revitalisation des cours d’eau a conduit la ville à mettre de l’avant un nouveau projet. À compter de 1997, les murs de béton disparaissent et les berges retrouvent leur état naturel. La plantation d’arbres, d’arbustes, de plantes aquatiques et de fleurs vient compléter l’aménagement. Des bassins de rétention des eaux de pluie sont ajoutés. La Ville aménage un parc linéaire de 32 kilomètres de long, doté de sentiers multifonctionnels et qui se rend jusqu’à la source de la rivière, soit le lac Saint-Charles. Les berges sont ainsi devenues lieu de promenade, de loisir et de résidence.

Pointe-aux-Lièvres, un écoquartier qui mise sur un cadre de vie exceptionnel

La Ville de Québec a entrepris la réalisation de quartiers axés sur la qualité du cadre de vie, en offrant notamment nature et espaces verts en abondance, proximité du centre-ville, des pôles d’emploi et des services, desserte par le transport collectif, etc. Fait intéressant, la Ville effectue elle-même la promotion immobilière de ces écoquartiers. Elle achète, décontamine et revend les terrains par appel d’offres. Par la suite, des entreprises privées élaborent des projets qu’ils proposent à la population.

Après des débuts assez difficiles, trois projets sont en réalisation présentement dans l’écoquartier de la Pointe-aux-Lièvres, soit : des condominiums où se retrouve, avec ses 40 mètres de hauteur, la plus haute structure faite de bois massif au monde, des maisons de ville visant la certification Novo Climat 2.0 et LEED pour les habitations et finalement un projet d’habitation communautaire destiné aux familles. Enfin, depuis 2016 les seuls travaux de décontamination du site se sont élevés à 7,5 millions de dollars, dont la moitié provient de subventions du Gouvernement.

En Mauricie

La Cité de l’Énergie de Shawinigan4, un outil de développement touristique régional

La Cité de l’Énergie constitue un des premiers projets mis de l’avant pour relancer l’économie de Shawinigan, à la suite du déclin industriel de la ville. Depuis son ouverture, en 1997, elle accueille en moyenne 100 000 visiteurs par an, en faisant un des grands attraits touristiques de la Mauricie. La Cité de l’énergie vulgarise les thèmes de l’industrie et de l’énergie, en prenant appui sur les centrales hydroélectriques et toute l’histoire industrielle de la ville qui a laissé derrière elle des bâtiments abandonnés et de vastes friches.

Enfin, il est intéressant de noter que la ville effectue un virage entrepreneurial en souhaitant devenir un incubateur à entreprises. Une ancienne usine, soit celle de la compagnie Wabasso héberge notamment les deux organismes qui ont pour mandat de concrétiser ce virage.

À Montréal

Le Canal Lachine5: mettre en valeur le patrimoine et donner une nouvelle vie à un quartier

Le canal Lachine a été fermé à la navigation en 1970, après avoir été le berceau de l’industrialisation au Canada. Il a par la suite été aménagé en parc linéaire. Entre 1997 et 2002, des investissements d’une centaine de millions de dollars ont permis notamment de restaurer les écluses, de recréer le bassin Peel, de mettre en valeur le patrimoine bâti et archéologique et d’aménager des places publiques. A la suite de ces investissements, le secteur privé a effectué des opérations immobilières à vocation résidentielle et mixte impliquant la conversion de structures industrielles anciennes ou les constructions neuves, ce qui a attiré des entreprises de la nouvelle économie dans le secteur. Depuis 2002, les 13,5 km du canal sont ouverts à la navigation de plaisance. Le canal Lachine constitue donc aujourd’hui un corridor vert très fréquenté pour les activités sportives et récréatives.

Lachine Est , un modèle de quartier vert à l’image des ÉcoQuartiers en France

Située dans l’arrondissement de Lachine, une vaste friche industrielle de 60 hectares fait l’objet d’un important projet de quartier vert qui permettra d’accueillir à terme 10 000 nouveaux résidants. Le secteur de Lachine-Est a été désigné au Plan d’urbanisme de Montréal, en 2004, comme secteur à transformer en raison du déclin de ses activités industrielles. Les dernières grandes usines ayant fermées leurs portes en 1991, 2000 et 2003.

Le projet proposé veut notamment offrir des transports publics exemplaires, des pistes cyclables, des logements sociaux, obtenir une certification LEED, fournir du chauffage par géothermie. L’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) a tenu des audiences, en avril 2019, sur l’avenir de ce secteur. Plus de 50 mémoires ont été déposés, donc une forte participation de la population.

Un partenariat a aussi été conclu avec la ville de Strasbourg afin que le projet de quartier vert de Lachine Est, qui veut être le premier véritable quartier vert de Montréal, puisse s’inspirer des meilleures pratiques d’aménagement des quartiers qui ont obtenu le label d’ÉcoQuartiers en France.

Terrains de la Brasserie Molson, habiter, travailler et se divertir

Dans le cadre de son déménagement à Longueuil, la Brasserie Molson démantèlera ses installations situées à Montréal et vendra les terrains ainsi libérés. Par la suite, jusqu’en 2035, un important projet de développement prendra forme sur le site.

L’objectif de la ville consiste à faire de ce futur quartier, stratégiquement situé près du centre-ville, un endroit où les Montréalais vont habiter, travailler et se divertir. La ville souhaite une mixité sociale, économique et culturelle. Les promoteurs qui achèteront les terrains de Molson prévoient la construction de 4000 à 5000 logements, ainsi que des activités commerciales et récréatives sur le site. Ils cèderont aussi à la Ville de Montréal 20 % de la superficie du site pour l’aménagement d’un parc, d’une promenade fluviale, d’une école et à d’autres usages communautaires, ainsi que pour l’implantation d’entreprises et de commerces. Les promoteurs ont aussi l’intention de respecter le règlement « 20/20/20 », de la Ville visant à imposer aux projets immobiliers importants 20 % de logements sociaux, 20 % de logements abordables et 20 % de logements familiaux.

En Outaouais

Zibi, une communauté qui veut obtenir la reconnaissance One Planet

Le promoteur de ce projet situé sur un ancien terrain industriel de 16 hectares, chevauchant la rivière des Outaouais à Gatineau et Ottawa, veut en faire une des collectivités les plus durables de la planète, rien de moins. Et ce, en obtenant une reconnaissance du programme One Planet. Ainsi, le projet Zibi adhère aux 10 principes directeurs du cadre international One Planet Living.. Ces principes cherchent non seulement à ce que les bâtiments soient conçus pour atteindre la plus grande efficience énergétique possible, mais aussi à ce que le milieu physique et les activités qui facilitent un mode de vie attrayant, abordable et respectueux de l’environnement. Les villes de Gatineau et Ottawa soutiennent la réalisation de ce projet, notamment par des aides financières pour la décontamination des sols.

Ainsi, le projet dont la réalisation a débuté en 2015 et qui devrait s’étendre au moins jusqu’en 2030, offrira un milieu de vie complet. On y retrouvera des résidences qui accueilleront 5 000 personnes, des commerces, des parcs, places publiques, espaces verts, des lieux de travail qui attireront 6 000 personnes. Les berges de la rivière seront accessibles pour des activités récréatives et des rues privilégieront les piétons plutôt que les automobiles. Enfin, il est à noter qu’une approche collaborative particulière a été développée avec les Algonquins Anishinaabeg.

Les tendances

Comme déjà mentionné, les anciens sites industriels peuvent être considérées comme des actifs stratégiques pour les villes. En effet, bon nombre d’entre eux sont souvent situés à proximité des centres-villes où les terrains libres sont de plus en plus rares. Les objectifs de densification des tissus urbains découlant des principes du développement durable accroissent inévitablement la valeur de ces terrains. Étant souvent desservis par les transports collectifs, ces terrains deviennent donc des lieux particulièrement intéressants pour des projets de développement.

Autre tendance significative, les anciens sites industriels sont aussi valorisés par l’État. Le budget 2019-202011 du gouvernement du Québec témoigne plus que jamais de l’importance toujours plus grande accordée à la décontamination des terrains industriels. Ainsi, une somme de 320 millions de dollars sur cinq ans sera consacrée à la décontamination de terrains stratégiques. De ce montant, 100 millions de dollars seront investis pour la décontamination de l’est de Montréal, tandis qu’une somme de 50 millions de dollars sera allouée à la Ville de Québec.

De plus, dans le cadre de la réhabilitation des friches industrielles, les pratiques évoluent selon les façons de faire les plus actuelles en matière d’aménagement du territoire, notamment la tenue de vastes consultations publiques et l’obtention de diverses certifications environnementales. Les projets de réhabilitation constituent aussi des lieux d’innovation en matière de développement urbain (quartiers verts, milieux de vie complet, développement exemplaire, etc.) qui permettent de répondre aux valeurs et besoins actuels de la population, tout en accroissant l’attractivité des villes.

Vol 39 Numéro 3 | Août 2019

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